Calédonie – Instants d’expat
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Juin.

Le temps est beau chaud, on veille tard, on rigole, on vit ; hier c’était l’été et la fête de la musique, avant hier je fêtais mes 30 ans.
Et sans prévenir, après les mots de trop, trop forts, trop injustes, ça s’est imposé comme une évidence, l’envie de partir, d’aller voir ailleurs, plus loin comment pourrait être la vie… Il n’y a pas eu besoin de plus de raisons, l’évidence a suffit, mais pour les proches c’est l’effarement. Alors pour rassurer expliquer un peu, on tente d’aligner des mots maladroitement ; on dit qu’on a envie de voyage, que ce sera seulement pour 6 mois, que ce sera l’occasion pour eux de venir au soleil. Au fond de nous on devine aussi qu’on cherche à se prouver qu’on en est capable, que c’est possible, que ce sera bien, on se confronte à nos peurs ; et encore un peu plus profondément il y a un écho de liberté qui résonne doucement. Mais ça, on ne le dit pas vraiment, même pas à soi-même…

Lac de Yaté

Février.

Il pleut sur la neige, le temps est gris triste. C’est l’heure des au-revoir à l’aéroport, quelques larmes roulent doucement sur les joues, les sourires sont forcés et les mots maladroits.
Un boardbag de 30kg, 1 kite, 1 paddle, le matériel de camping, le matériel photo, 2 t-shirts, un maillot de bain et 3 chaussettes pour 2, les moins lourds possibles surtout et la promesse que ceux qui restent feront le nécessaire pour compléter la garde robe.

Une vie entière en 60 kg.

Depuis ce fameux jour de juin où on a décidé qu’on partait, tout s’est résumé à ça, faire tenir une vie en 30 kg chacun.
Rendre l’appart, caser les meubles restant, les voitures. Démissionner, dire au revoir aux collègues, aux copains. Trier, ranger, mettre de l’ordre dans sa vie. Pour la recommencer plus loin. Avec le minimum, celui qui compte vraiment.

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Kuendu Beach - Nouméa

1er Mars.

On a fait ça bien, c’est prometteur les chiffres ronds pour les nouveaux départ ; 17 000 km, 43h de voyage, 12h de décalage horaire… Il fait chaud, étouffant, le bonnet et le manteau du départ semblent un tantinet excessifs dans cet aéroport du bout du monde.
On découvre l’existence des douanes sanitaires où tu transpires à l’idée de déclarer une plaquette de chocolat en miette et la pomme qu’ils t’ont donné dans l’avion (la transpiration pouvant toutefois également venir du manteau/bonnet sus mentionnés, l’hypothèse reste entière…).
Le boardbag et tout nos sacs sont là ; notre nouvelle vie peut commencer…

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Lac de Yaté

1er Novembre, presque 2 ans plus tard.

On a ressorti le bonnet, le manteau. Le boardbag est bien là, fidèle au rendez vous, les autres sacs aussi. Les 50 kg supplémentaires arriveront par bateau dans 3 mois ; on a été moins bon sur le tri du retour. Mais je voulais ramener des galets… Et une bouilloire en inox.
Tout le monde est là, les retrouvailles sont joyeuses et la conversation animée et plus ou moins doucement arrive la fameuse question : alors c’était comment ??

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Thio

On ne recommence pas une nouvelle vie quand on fait ce choix de partir en laissant tout derrière, on la continue juste, ailleurs.

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Col de Prony

Mais… comment raconter 2 ans de vie ?

Comment raconter les rencontres humaines, la découverte de la culture mélanésienne ; les copains avec qui tu fêtes Noël et qui deviennent ta famille si loin au bout du monde ; Nouméa à la fois détestable et attachante, la coloc à 8 dans une vieille maison coloniale peinte en orange qui prend l’eau lorsqu’il pleut…
Il y a eu le travail, les journées comme n’importe qui en vit ici ou là bas, parfois pluvieuses, souvent trop chaudes. Il y a eu les îlots et tant de week-ends dans les terres rouges du Sud ; le surf sur la barrière de corail, loin si loin en mer, les couchers de soleil majestueux, la mer partout aux mille nuances de bleus, intenses, irréels. Il y a eu le vent qui fait voler les ailes de kitesurf, celui qui chasse toutes les pensées et qui rend tout possible ; le parc du Ouen Toro immense au milieu de la ville, l’odeur des niaoulis et le goût des mangues. On a eu un van aménagé qui avait 19 ans, qui a fonctionné la moitié du temps et un zodiac à plusieurs qui s’appelait Mojito. Il y a eu les baleines au loin, les tortues partout, les dauphins joueurs dans les vagues parfois et les requins, toujours présents dans les esprits. Il y au la découverte d’un monde incroyable juste là sous l’eau, multicolore, riche vivant et dont on peut profiter du dessus, en flottant depuis le paddle tant les eaux sont claires et limpides.
Comment raconter l’odeur des feux de bois qui reste dans les vêtements au retour des week-ends, le goût du poisson grillé tout juste pêché, ou le toucher du sable d’Ouvea, si fin sous les pieds…
Quels mots utiliser pour raconter le ciel du Sud cette nuit là dans la large clairière de pins colonnaires ; ce ciel qui m’a fait réaliser plus intensément que tout le reste que nous étions vraiment ailleurs…
Parce que c’était ça la vie, tout simplement ; avec ses hauts, ses bas et tous les souvenirs.

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Ilôt Signal

Alors on répond avec un sourire qui en dit long que c’était bien, vraiment bien ; que c’était doux comme vie, simple, intense et teinté de cette liberté qu’on s’était promise au fond de nous. On dit qu’on a pris le temps de vivre au rythme du soleil, qu’on a profondément aimé ça et secrètement on espère que ça va continuer ici, au retour. Qu’on revient changé, profondément. Mais que oui, on est content de revenir. Parce que c’est un choix, parce que c’était une expérience riche mais surtout, parce que ça nous a permis de comprendre qu’on ne recommence pas une nouvelle vie quand on fait ce choix de partir en laissant tout derrière, on la continue juste, ailleurs. Et que tout est possible….

Et on montre des photos. Pour partager un peu de cette très belle vie dont on arrive et qui doucement commence à s’estomper dans l’hiver du retour…

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Hienghène

C’était doux comme vie, simple, intense et teinté de cette liberté qu’on s’était promise au fond de nous

Hienghène

Et ensuite ?

Avec ce même sourire on a répondu qu’on aimait vraiment beaucoup la neige, qu’elle nous avait manqué, la montagne aussi et le Beaufortain… Alors on est venu. Et on essaye, on vit, on sourit, on fait des rencontres, on partage des instants.

Parce que tout est possible et que c’est juste la vie qui continue…

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Yaté - Camping Pierre Atti
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